Qu’est-ce qu’une drag queen ? Définition, histoire et culture du drag

Une drag queen est une artiste qui crée et interprète un personnage féminin ou féminisé à travers le costume, le maquillage et la performance. Le drag peut prendre la forme de lip-sync, de danse, de comédie, de chant, de cabaret, de théâtre ou encore de performances autour de la mode.

Contrairement à une idée encore répandue, une drag queen n’est pas nécessairement un homme gay « déguisé en femme ». Des hommes et des femmes cisgenres, des personnes trans et des personnes non-binaires pratiquent le drag. La distinction essentielle est simple : le drag est une forme d’expression artistique, et non une identité de genre ou une orientation sexuelle.

L’essentiel

En bref

  • Une drag queen interprète un personnage féminin ou féminisé dans un cadre artistique.
  • Une drag queen n’est pas forcément un homme et n’est pas nécessairement homosexuelle.
  • Être drag queen et être transgenre sont deux réalités différentes : l’une relève de la performance, l’autre de l’identité de genre.
  • Le drag mêle notamment maquillage, costumes, danse, lip-sync, comédie, théâtre et création visuelle.
  • Popularisé auprès du grand public par des émissions comme RuPaul’s Drag Race, le drag possède une histoire bien plus ancienne.

Quelle différence entre drag queen, personne transgenre et travesti ?

Ces termes sont parfois employés comme s’ils étaient synonymes. Ils renvoient pourtant à des réalités différentes.

Terme De quoi parle-t-on ? Principe
Drag queen Performance artistique Création et interprétation d’un personnage féminin ou féminisé
Personne transgenre Identité de genre Son identité de genre ne correspond pas au genre qui lui a été assigné à la naissance
Travestissement Présentation ou habillement Port de vêtements ou adoption d’une présentation culturellement associés à un autre genre, sans que cela définisse nécessairement une identité ou une pratique artistique

Ces catégories ne sont pas mutuellement exclusives. Une femme trans peut parfaitement être drag queen, tout comme une femme cisgenre, un homme cisgenre ou une personne non-binaire.

L’orientation sexuelle constitue encore une autre dimension : être gay, lesbienne, bisexuel ou hétérosexuel ne détermine pas si une personne pratique le drag.

Pour approfondir ces distinctions, consultez également notre guide sur la différence entre travesti et trans ainsi que notre article consacré à l’identité de genre.

Une drag queen est-elle forcément un homme ?

Non. L’image du drag pratiqué exclusivement par des hommes est surtout liée à son histoire et à sa représentation dans la culture populaire.

Les hommes cisgenres restent très présents sur la scène drag, mais des femmes cisgenres, des personnes trans et des personnes non-binaires créent également des personnages de drag queen.

Des expressions comme « bio queen » ou « hyper queen » ont notamment été utilisées pour désigner certaines femmes cisgenres pratiquant le drag. Ces appellations ne font cependant pas consensus et leur utilisation varie selon les artistes et les communautés.

Le genre de l’artiste et celui de son personnage ne sont donc pas nécessairement les mêmes. Une personne peut par exemple vivre quotidiennement sous une identité masculine et incarner sur scène une queen extrêmement féminine sans que cette performance modifie son identité de genre.

Que fait une drag queen sur scène ?

Il n’existe pas de numéro de drag unique. Certaines queens privilégient la danse et le lip-sync, c’est-à-dire une performance dans laquelle l’artiste synchronise ses lèvres et son interprétation avec une chanson, un dialogue ou un montage sonore.

D’autres construisent leurs spectacles autour du stand-up, du chant, du théâtre, de l’improvisation, de la mode ou d’un mélange de plusieurs disciplines.

L’esthétique varie tout autant. Une « fashion queen » peut travailler des silhouettes inspirées de la haute couture, tandis qu’une « comedy queen » s’appuie davantage sur l’humour. L’esthétique camp joue volontairement avec l’exagération, l’artifice et le détournement des codes. D’autres artistes développent des univers gothiques, fantastiques, conceptuels ou volontairement extravagants.

Le drag ne consiste donc pas simplement à essayer de « ressembler à une femme ». La féminité peut y être imitée, amplifiée, détournée ou entièrement réinventée.

Comment une drag queen crée-t-elle son personnage ?

Une drag queen peut cumuler les rôles d’interprète, maquilleuse, styliste, chorégraphe et directrice artistique de son personnage.

Maquillage et visage

Le maquillage permet de modifier visuellement les volumes du visage. Certaines artistes dissimulent leurs sourcils naturels avant de les redessiner et utilisent contouring, faux cils, couleurs et jeux d’ombres pour créer les traits caractéristiques de leur personnage.

Perruques et costumes

Les perruques, ou wigs, occupent une place importante dans de nombreuses silhouettes drag. Elles peuvent être coupées, coiffées, assemblées ou sculptées jusqu’à devenir de véritables pièces de costume.

Les vêtements participent eux aussi à la construction du personnage : robe spectaculaire, silhouette de cabaret, haute couture, esthétique volontairement kitsch ou création entièrement originale.

Padding et tucking

Le padding consiste à utiliser des rembourrages, notamment pour modifier visuellement les volumes des hanches ou des fesses.

Le tucking est une technique employée par certaines personnes afin d’obtenir un profil plus lisse au niveau de l’entrejambe sous certains vêtements. Cette pratique n’est absolument pas indispensable au drag. Pour en savoir davantage, PlanTrans propose un guide consacré au tucking et à sa pratique.

Une véritable persona

La transformation ne s’arrête pas à l’apparence. Nom de scène, démarche, gestuelle, humour, voix, références culturelles et manière d’interagir avec le public contribuent à créer une véritable persona.

Certaines queens développent le même personnage pendant des années et font évoluer progressivement son esthétique et sa personnalité.

D’où vient le mot « drag queen » ?

L’origine exacte du mot drag n’est pas établie avec suffisamment de certitude pour lui attribuer une étymologie unique.

Une explication souvent avancée rapproche le terme du verbe anglais to drag, « traîner », en référence notamment aux robes et jupons longs portés sur scène.

On rencontre également sur Internet l’affirmation selon laquelle « DRAG » serait l’acronyme de Dressed Resembling A Girl. Cette explication est séduisante, mais elle est généralement présentée comme un rétro-acronyme apparu après le mot plutôt que comme son origine historique démontrée.

Le terme queen s’est quant à lui développé dans les cultures queer anglophones. Le sens contemporain de « drag queen » s’est progressivement construit à travers le théâtre, le cabaret, les clubs et les communautés LGBTQIA+.

Quelle est l’histoire des drag queens ?

Les performances jouant avec le genre sont beaucoup plus anciennes que l’expression « drag queen ». Dans plusieurs traditions théâtrales, des hommes ont interprété des personnages féminins, notamment à des époques où les femmes n’étaient pas autorisées à monter sur scène.

Il serait toutefois anachronique de qualifier automatiquement ces acteurs de l’Antiquité ou du théâtre ancien de « drag queens » au sens actuel. Le drag contemporain s’est constitué bien plus tard.

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les female impersonators trouvent une place dans différentes formes de spectacle populaire. Des cabarets, clubs, bals et autres espaces queer participent ensuite au développement d’une culture drag plus identifiable.

Au fil du XXe siècle, le drag devient étroitement lié à certains bars, cabarets et lieux de sociabilité LGBTQIA+. En France, le transformisme et les spectacles jouant avec les codes du genre possèdent également une longue histoire dans les cabarets parisiens.

Quel rôle le drag a-t-il joué dans l’histoire LGBTQIA+ ?

L’histoire du drag est étroitement liée à celle de communautés confrontées à la discrimination, aux restrictions légales et à la répression policière.

Les événements de Stonewall à New York en juin 1969 constituent notamment un tournant majeur dans l’histoire moderne des mouvements LGBTQIA+. Le Stonewall Inn accueillait alors une clientèle diverse comprenant notamment des hommes gays, des lesbiennes, des jeunes marginalisés et des personnes dont l’expression de genre transgressait les normes de l’époque.

Des figures comme Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera sont aujourd’hui étroitement associées à l’histoire de cette période et aux luttes qui ont suivi. Il faut toutefois éviter de projeter trop simplement les catégories identitaires actuelles sur des personnes qui ont vécu dans un contexte où le vocabulaire du genre était différent.

Le drag conserve ainsi une dimension de visibilité et parfois de contestation des normes sociales, même si chaque spectacle drag n’est évidemment pas une performance militante.

Qu’est-ce que la culture Ballroom et quel est son lien avec le drag ?

La culture Ballroom s’est développée aux États-Unis, particulièrement à New York, au sein des communautés LGBTQIA+ noires et latinos. Lors des balls, les participants concourent dans différentes catégories mêlant notamment apparence, attitude, mode et performance.

Cette culture est notamment à l’origine du voguing, une danse très stylisée devenue célèbre bien au-delà de la scène Ballroom.

Les Houses, ou maisons, constituent l’une de ses structures caractéristiques. Elles peuvent fonctionner à la fois comme équipes participant aux compétitions et comme familles choisies autour de figures de mentorat.

Le documentaire Paris Is Burning, sorti en 1990 et consacré à la scène Ballroom new-yorkaise des années 1980, a largement contribué à documenter et faire connaître cette culture.

Ballroom et drag ne sont cependant pas synonymes. Leurs histoires et leurs communautés se croisent, mais la culture Ballroom possède ses propres traditions, catégories et codes.

Quelle différence entre une drag queen et un drag king ?

Une drag queen crée généralement un personnage féminin ou féminisé, tandis qu’un drag king construit généralement un personnage masculin ou masculinisé.

Le genre de l’artiste ne détermine là encore pas celui du personnage.

Et la scène contemporaine dépasse largement cette opposition entre queens et kings. Certains artistes créent des personnages androgynes, non-binaires, fantastiques ou volontairement impossibles à rattacher aux représentations traditionnelles du masculin et du féminin.

Comment RuPaul’s Drag Race a popularisé le drag

Le lancement de RuPaul’s Drag Race aux États-Unis en 2009 a considérablement accru la visibilité internationale du drag. Des codes autrefois principalement connus des scènes queer et des amateurs de drag sont progressivement entrés dans la culture populaire.

Cette médiatisation a également contribué à professionnaliser une partie du secteur. L’activité d’une drag queen peut aujourd’hui dépasser largement les spectacles en club : tournées, télévision, festivals, musique, mode, réseaux sociaux, spectacles en solo ou partenariats commerciaux font partie des possibilités.

En France, Drag Race France, lancée en 2022, a à son tour permis à un public beaucoup plus large de découvrir des artistes et des codes issus de la scène drag française.

Mais le drag ne se résume évidemment pas à cette franchise : des scènes locales, alternatives, cabaret et expérimentales continuent d’exister indépendamment de la télévision.

Comment devenir drag queen ?

Il n’existe ni diplôme ni parcours obligatoire pour devenir drag queen. Commencer consiste avant tout à imaginer un personnage et à expérimenter.

  1. Définir son personnage : choisir un nom, une personnalité et un univers visuel.
  2. Apprendre le maquillage : tester progressivement différentes techniques plutôt que chercher immédiatement une transformation parfaite.
  3. Construire une silhouette : vêtements, accessoires, chaussures et perruque peuvent évoluer avec le personnage.
  4. Travailler une performance : lip-sync, danse, chant, humour, théâtre ou toute autre discipline correspondant à son univers.
  5. Observer la scène locale : assister à des spectacles et rencontrer d’autres artistes permet de comprendre les codes sans simplement les reproduire.
  6. Monter sur scène : les scènes ouvertes, concours et événements locaux peuvent constituer une première expérience face au public.

Rejoindre une communauté artistique ou bénéficier des conseils d’artistes plus expérimentés peut également accélérer l’apprentissage. Une « House » au sens de la culture Ballroom possède cependant une histoire et une fonction particulières : le terme ne doit pas simplement être employé comme synonyme de n’importe quel groupe de drag queens.

Glossaire : 10 mots pour comprendre le drag

Lip-sync
Performance consistant à synchroniser ses lèvres et son interprétation avec une bande sonore.
Mug
Terme familier désignant le visage et, par extension, le maquillage d’une artiste.
Wig
Perruque, souvent travaillée et coiffée spécifiquement pour un personnage.
Padding
Utilisation de rembourrages afin de modifier les volumes de la silhouette.
Tucking
Technique employée par certaines personnes pour obtenir un profil plus lisse au niveau de l’entrejambe sous certains vêtements.
Reveal
Transformation surprise au cours d’un numéro, par exemple lorsqu’une première tenue en dissimule une seconde.
Camp
Esthétique jouant notamment avec l’exagération, l’artifice, le théâtral et le détournement des codes.
Read
Dans le vocabulaire Ballroom et drag, critique volontairement incisive reposant souvent sur l’observation d’un détail réel.
Shade
Pique ou critique indirecte, généralement exprimée avec subtilité ou ironie.
House
Dans la culture Ballroom, groupe pouvant fonctionner à la fois comme équipe de compétition, structure de mentorat et famille choisie.

Une drag queen reste-t-elle son personnage dans la vie quotidienne ?

Pas nécessairement. Pour beaucoup d’artistes, le personnage drag possède un nom, une apparence et une personnalité distincts de ceux de la vie quotidienne. D’autres entretiennent volontairement une frontière beaucoup plus floue entre leur persona artistique et leur identité publique.

Lorsqu’une artiste présente son personnage comme féminin, il est courant de parler de la drag queen au féminin. En dehors de la performance, le plus simple reste de respecter le prénom et les pronoms employés par la personne elle-même.

C’est finalement ce qui permet de comprendre le drag : une forme d’expression artistique qui joue avec les codes du genre. Derrière les perruques, le maquillage et les costumes se trouvent des disciplines aussi différentes que le théâtre, la danse, la couture, la comédie, la mode et la création visuelle.

FAQ sur les drag queens

Est-ce que toutes les drag queens sont des hommes gays ?

Non. Une drag queen peut être un homme ou une femme cisgenre, une personne trans ou une personne non-binaire. Son orientation sexuelle peut également varier. Le drag décrit une pratique artistique, pas une orientation sexuelle.

Une femme peut-elle être drag queen ?

Oui. Des femmes cisgenres comme transgenres pratiquent le drag et créent des personnages de drag queen.

Être drag queen signifie-t-il être transgenre ?

Non. « Drag queen » décrit une pratique artistique tandis que « transgenre » concerne l’identité de genre. Une personne trans peut toutefois être drag queen.

Comment devient-on drag queen ?

Il n’existe pas de parcours obligatoire. On peut commencer par imaginer un personnage, apprendre progressivement le maquillage et le costume, choisir une discipline de performance puis se produire sur des scènes ouvertes ou lors d’événements drag.

Le drag est-il réservé aux adultes ?

Non, mais le contenu d’un spectacle peut l’être. Comme pour le théâtre, la comédie ou le cinéma, certains spectacles drag s’adressent exclusivement aux adultes tandis que d’autres sont conçus pour un public familial. Il faut donc regarder le contenu et la classification de l’événement plutôt que considérer le drag lui-même comme nécessairement adulte.

Gaëlle Leblanc
Gaëlle Leblanc
Très active dans la communauté LGBT et libertine, je partage mon vécu et mes découvertes avec celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre et embrasser leur identité. Mon parcours m’a amenée à explorer de nombreuses facettes de la transidentité et à créer des espaces d’échange bienveillants, où chacun peut s’exprimer librement et s’épanouir pleinement.

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